41

 

LE COMMANDANT Martenot avait accepté de les accompagner sur les lieux du double meurtre. Chacun dans sa voiture. Et pas un mot avant, dans les bureaux. Ils suivaient maintenant la Subaru WRX, un de ces modèles étrangers que les brigades d’intervention rapide avaient acquis ces dernières années.

Ils dépassèrent Bidart et Guéthary, suivant la ligne de chemin de fer. La pluie ne cessait pas. Elle brouillait les tons, les sensations, les mouvements. Elle s’élevait des taillis verts et de l’asphalte laqué. Elle drainait des éclairs de lumière blafarde à la surface de l’océan.

Les voitures stoppèrent au sommet d’une corniche. Des taillis serrés, quelques maisons solitaires, et, beaucoup plus bas, une plage sans couleur cernée par des rochers noirs. Anaïs et Le Coz rejoignirent les gendarmes. Martenot désigna un cabanon de ciment, à cent mètres, sur lequel était fixée une pancarte en forme de poisson.

— La maison des Bonfils.

Le bâtiment était encore entouré par des traits jaunes de rubalise. Des scellés étaient apposés aux portes et fenêtres. Le commandant expliqua : le travail de prélèvement, de photographie, de relevé d’empreintes avait été effectué la veille mais une fouille approfondie aurait lieu le lendemain matin.

— Le crime, ça s’est passé où exactement ?

— En bas. Sur la plage. (Le commandant de gendarmerie tendit son index vers l’océan.) Le corps de la femme était là-bas. L’homme plus loin, au pied d’un rocher.

— Je ne vois rien.

— La zone est sous la mer. On est à marée haute.

— Allons-y.

Ils suivirent un chemin de terre abrupt. Tournant la tête, Anaïs contemplait le décor au-dessus d’elle. Le bouillonnement des arbres et des bosquets, crachant des vapeurs d’eau. Une ou deux villas et leurs terrasses enfouies parmi les pins. La ligne de chemin de fer, brillante sous la pluie – droite comme un coup de cutter dans le tableau.

Ils atteignirent la plage, rien qu’un ruban de sable sombre. Anaïs frissonna. Toujours la crève. Ou la peur. Sa conscience dérivait maintenant vers des légendes à la Tristan et Isolde, pleines de tempêtes et de philtres d’amour…

Elle se concentra :

— À quelle heure ça s’est produit ?

— D’après les témoins, aux environs de midi.

— Il y a des témoins ?

— Deux pêcheurs. Ils se rendaient eux-mêmes sur la grève, à cent mètres de là.

— Qu’est-ce qu’ils ont vu ?

— C’est assez confus. Ils ont parlé d’un homme en imper qui courait. Votre suspect. Mathias Freire.

— C’est le nom qu’on vous a donné ?

— Ce n’est pas le bon ?

Anaïs n’insista pas : autant ne pas embrouiller une situation déjà confuse.

— D’où venait-il ?

— De la plage.

— Freire aurait tué Bonfils et sa femme et aurait pris la fuite ? demanda-t-elle, se faisant l’avocat du diable.

— Non. Les victimes n’ont pas été tuées à bout portant. Par ailleurs, les témoins ont vu deux hommes en noir qui couraient aussi vers la plage. On ne sait pas s’ils poursuivaient Freire pour l’arrêter, croyant qu’il était le tueur, ou s’ils sont au contraire les tireurs. Ils sont repartis dans un 4 × 4 noir, a priori de marque Audi. Un Q7. Malheureusement, nous n’avons pas le numéro d’immatriculation.

Merde. Comment avait-elle pu oublier ça ? L’avant-veille, Freire lui avait confié des clichés de plaque d’immatriculation. Il lui avait expliqué qu’un 4 × 4 noir le suivait depuis deux jours. Les tirages étaient encore chez elle…

— À partir de ce moment, continuait le gendarme, le témoignage des pêcheurs devient confus. Selon eux, un train est passé. Le type en imper a disparu. Les deux hommes sont montés dans leur 4 × 4 et ont filé.

— Ensuite ?

— Rien. Tout le monde s’est volatilisé.

Un cri rauque s’éleva dans le ciel. Anaïs leva les yeux. Des mouettes dessinaient des huit contre le vent. Le ressac grondait en contrepoint, claquant ses vagues sur le sable noir.

— Parlez-moi des angles de tir, fit-elle en fourrant les mains dans ses poches.

— A priori, le tireur était posté sur la terrasse de cette villa, là-bas. Elle est inhabitée durant l’hiver.

La maison était située à plus de cinq cents mètres.

— Vous voulez dire que les assassins…

— Un tir longue portée, oui. Un vrai boulot de sniper.

L’enquête prenait encore un nouveau tour. Payait-on des tireurs d’élite pour abattre un pêcheur endetté et sa compagne ?

— Comment êtes-vous sûr que les tirs provenaient de là-bas ?

— Nous avons retrouvé les douilles sur la terrasse.

Ça ne tenait pas debout. En admettant que les meurtriers soient des professionnels, jamais ils n’auraient commis une telle erreur. Oublier de tels indices sur la plateforme de tir. À moins que… Anaïs imagina un autre scénario. Les assassins abattent leurs cibles mais une des trois parvient à s’échapper – Freire. Ils partent à sa poursuite. Dans leur précipitation, ils oublient leurs douilles.

Le commandant tenait maintenant un sachet plastique dans sa paume contenant des fragments de métal. Anaïs l’attrapa et observa les tubes aux reflets dorés. Ça ne lui disait rien. Elle avait toujours été nulle en balistique. Les calibres. Les puissances. Les distances. Pas moyen de s’y retrouver.

— Du 12,7 mm, expliqua Martenot. Des balles perforantes de haute précision.

— Ça nous renseigne sur les meurtriers ?

— Plutôt. Le 12,7 est un calibre rare, utilisé en général par les mitrailleuses lourdes, apprécié pour la puissance de sa charge et la vélocité du projectile en tir tendu. On l’utilise aussi avec certaines armes de précision.

— En français, qu’est-ce que ça donne ?

— C’est le calibre spécifique du Hécate II, un fusil développé dans les années 1990. Une arme de référence, très connue chez les snipers. Pour un tireur entraîné, ce fusil permet d’atteindre sa cible jusqu’à 1 200 mètres. Il permet aussi d’arrêter un véhicule à 1 800 mètres. Du matériel largement surqualifié pour abattre un couple de pêcheurs. Sans compter le savoir-faire très particulier que demande cette arme.

Le commandant usait de son ton le plus neutre pour masquer son trouble. Grand, gris et stoïque, il ressemblait dans sa parka bleue à un amiral sur son porte-avions. Anaïs avait déjà compris.

— Le tueur pourrait être un militaire ?

— L’Hécate II a été officiellement adopté en 1997 par la Section technique de l’armée de terre, admit Martenot. C’était notre réponse aux snipers dans les combats des Balkans. Aujourd’hui, les groupes d’intervention du GIGN et du RAID l’utilisent aussi.

Silence. L’affaire prenait décidément une nouvelle orientation. Comme un plan qui s’élèverait d’un coup vers une troisième dimension insoupçonnée.

— D’autres armées et des unités spéciales étrangères l’utilisent aussi, poursuivit le gendarme. On va envoyer tout ça à l’IRCGN, l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale de Rosny-sous-Bois. Il n’est pas impossible qu’on puisse remonter jusqu’à l’arme elle-même. L’Hécate II n’est pas un fusil qu’on trouve facilement sur le marché. Ni facilement maniable. Pour vous donner une idée, il pèse tout équipé 17 kilos.

Anaïs hochait la tête sous la pluie. Elle savait – elle avait toujours su – que cette histoire serait complexe. Le meurtre d’un zonard transformé en Minotaure. L’apparition d’un amnésique qui posait des questions sans réponse. Les empreintes d’un faux psychiatre… Et maintenant un massacre aux allures d’embuscade guerrière.

Le gendarme récupéra les douilles dans la paume d’Anaïs. Elle marqua une hésitation.

— N’ayez crainte, fit-il. La procédure ira jusqu’au bout, même si les coupables viennent de chez nous. Le laboratoire aura ces douilles avant ce soir. Le rapport est en route pour le bureau du juge.

— Un juge est déjà nommé ?

— Claude Bertin. Du parquet de Bayonne. Un habitué de l’ETA. Il ne sera pas dépaysé avec ces histoires de balistique.

— Vous avez reçu le rapport d’autopsie ?

— Pas encore.

Anaïs tiqua. Les corps de Bonfils et de sa compagne avaient été transférés à l’institut médico-légal de Rangueil, près de Toulouse, la veille, en fin d’après-midi. Martenot avait sans doute déjà reçu le document. Il l’avait simplement soumis à ses supérieurs avant toute diffusion. Dans un tel contexte, tout devait être pesé, mesuré, analysé. Peut-être même l’armée avait-elle nommé un autre toubib pour une contre-expertise…

La voix de Martenot revint à sa conscience :

— Je vous offre un café ?

— Avec plaisir, fit-elle en souriant. Mais je dois d’abord passer un coup de fil.

Elle ralentit sur le sentier du retour afin de s’isoler. Dans le vent humide, elle appela Conante. Le flic répondit avant la fin de la première sonnerie. Tout le monde était à cran.

— C’est moi, fit-elle. Rien de neuf ?

— Je t’aurais fait signe.

— J’ai besoin que tu me rendes un service. Je voudrais que tu ailles chez moi, tout de suite.

— Tu as oublié d’arroser tes plantes ?

— Tu demandes ma clé à la gardienne. Sois convaincant. Elle n’est pas commode. Tu montres ta carte. Tu te démerdes.

— Une fois chez toi, qu’est-ce que je fais ?

— Sur mon bureau, il y a les tirages d’une plaque d’immatriculation. Tu l’identifies et tu me rappelles aussi sec.

— Pas de problème. À Biarritz, c’est comment ?

Anaïs leva les yeux. Les silhouettes noires des gendarmes disparaissaient dans le flot de l’averse. Les voies ferrées crépitaient de pluie. Les pins et les genêts surnageaient parmi les brumes d’eau.

— Mouillé. Rappelle-moi.

Le passager
titlepage.xhtml
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_000.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_001.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_002.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_003.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_004.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_005.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_006.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_007.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_008.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_009.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_010.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_011.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_012.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_013.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_014.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_015.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_016.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_017.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_018.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_019.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_020.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_021.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_022.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_023.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_024.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_025.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_026.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_027.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_028.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_029.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_030.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_031.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_032.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_033.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_034.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_035.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_036.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_037.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_038.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_039.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_040.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_041.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_042.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_043.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_044.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_045.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_046.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_047.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_048.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_049.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_050.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_051.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_052.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_053.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_054.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_055.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_056.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_057.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_058.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_059.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_060.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_061.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_062.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_063.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_064.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_065.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_066.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_067.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_068.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_069.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_070.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_071.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_072.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_073.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_074.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_075.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_076.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_077.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_078.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_079.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_080.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_081.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_082.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_083.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_084.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_085.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_086.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_087.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_088.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_089.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_090.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_091.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_092.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_093.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_094.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_095.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_096.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_097.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_098.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_099.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_100.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_101.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_102.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_103.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_104.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_105.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_106.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_107.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_108.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_109.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_110.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_111.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_112.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_113.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_114.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_115.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_116.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_117.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_118.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_119.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_120.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_121.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_122.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_123.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_124.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_125.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_126.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_127.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_128.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_129.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_130.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_131.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_132.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_133.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_134.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_135.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_136.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_137.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_138.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_139.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_140.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_141.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_142.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_143.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_144.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_145.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_146.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_147.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_148.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_149.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_150.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_151.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_152.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_153.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_154.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_155.html
Grange,Jean-Christophe-Le Passager(2011).French.ebook.AlexandriZ_split_156.html